La France au Mali, un autre épisode de l’échec de la guerre contre le terrorisme

Le contexte :

C’était prévu depuis très longtemps comme le diraient certains ou même inévitable comme le penseraient d’autres, La France qui intervient dans la région du Sahel, avec comme objectif principal, d’éradiquer toute présence des groupes terroristes (AQMI, GSPC …) Islamistes dans cette région pourtant instable depuis des très longtemps, et presque absente des agendas politiques et stratégiques des pays occidentaux, était-ce vraiment si inéluctable, La France n’avait-elle plus d’autres alternatives que de déclencher un conflit militaire de grande envergure, dans un cette région très fragile sur les plans économiques, politiques, ethniques, et même géographiques, le cours des évènements à venir dans les semaines prochaines, finira par nous apporter une réponse à cette question.

Cependant, à la lumière de ce conflit, on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit là d’un autre épisode des échecs qu’a connus la guerre contre le terrorisme qui dure depuis plus de 10 ans. Une simple lecture du contexte géostratégique et politique de cette région peut nous démontrer cette réalité fatidique surtout si on prend en considération, les faits de guerre précédents qui s’associe à cette guerre contre le terrorisme qui devient un véritable fardeau.

Personne ne peut nier le fait que ces groupes terroristes ont bien profités de l’état d’instabilité politique et d’absence de force militaire pouvant régir et contrôler cette région, ce qui est tout à fait normal, les nébuleuses et les filières terroristes ne choisissent pas pour rien des petits pays disloqués politiquement pour s’implanter Ex:(Mali, Somalie, Afghanistan …) cela répond à un besoin stratégique vital pour eux, du moment qu’ils savent très bien qu’ils n’auront pas à craindre des tentatives de délogement menées par les armées de ces pays qui sont souvent soit trop faibles ou très mal équipées pour mener ces opérations. Le choix de ces régions avec des frontières non délimitées ou complètement poreuses qui sortent du contrôle des états frontaliers leurs permet d’assurer un flux de soutien logistique en hommes, armement et moyens de transport assez important en profitant des filières de contrebande ou de crime organisé, ces filières leurs assurent un flux de soutien logistique assez important et qui sort complètement du contrôle légal, plus loin encore, il ne se limite pas seulement au Nord du Mali, mais s’étend jusqu’au nord de l’Algérie ou il est quasi sûr que des cellules dormantes appartenant à l’AQMI et son ancêtre le GSPC sont toujours actives, un autre aspect très important qu’il faut prendre en considération, c’est que les mouvements et les opérations de contrebande ne se limitent pas aux armes, mais aussi à la contrebande de drogues dont l’itinéraire commence en Colombie puis aux pays d’Afrique de l’ouest et le passage préféré par la région du Sahel ou les membres de ces groupes ont établi des zones de stockage permanent des chargements de drogue qui continuent leurs voyages jusqu’au nord du Maroc et de l’Algérie en direction de l’Europe (Espagne, France, Pays-Bas), ce qui permet aussi d’assurer un soutien financier assez considérable à ces groupes.

La nature géographique de la région participe à elle aussi dans la création de ce climat favorable à l’action terroriste, ainsi ces groupes établissent des camps d’entraînement et de formation militaire avec une infrastructure assez légère et facile à démanteler et déplacer d’une région à l’autre afin d’éviter toute tentative de localisation ou d’attaque, et on peut ajouter à tout ça le nouveau circuit de contrebande d’armes qui s’est établi entre la Libye et la région du Sahel, en effet depuis la chute du régime de Kadhafi, et suite à la guerre civile dans ce pays, des milliers de tonnes d’armement de tous types confondus se sont retrouvés disséminés dans le marché noir qui s’étend du Sahel jusqu’en Éthiopie et en Egypte en direction de la bande de Gaza, et ce avec une disponibilité assurée, à tel point que le prix du fameux fusil d’assaut Kalachnikov ou AK-47  ne dépasse plus  20 Dollars/pièce avec ses munitions, ce qui a permis à ces terroristes d’assurer un véritable arsenal militaire leur permettant de faire face aux armées qui tentent de les éradiquer.

Les Facteurs d’Echec :

Dans le contexte global de la guerre contre le terrorisme que l’occident mène depuis le 11 septembre, il est clair et évident que nous somme en face d’une reprise de ce conflit d’ordre mondial dans cette région, et suivant cette logique les patrons de l’Armée Française ne semblent pas réaliser l’envergure du piège dans lequel ils se font prendre au Mali, c’est comme s’ils n’avaient pas tirés de leçons de la guerre en Irak ou en Afghanistan et le même scénario d’échec risque fortement de se répéter une fois de plus dans la région du Sahel.

La guerre contre le terrorisme malgré ses débuts fulgurants et rapides lors des invasions d’Irak et d’Afghanistan, ne ressemble en rien aux guerres conventionnelles telles qu’on nous les connaissons, au-delà d’une victoire rapide au début du conflit contre les armées des pays accusés de soutenir les mouvements et les actions terroristes, aucun exploit digne de ce nom ne peut être assurée à travers les bombardement aériens ou les attaques ciblés avec les drones -qui ne font qu’envenimer la situation puisqu’elles causent presque toujours des dommages collatéraux parmi les populations civiles (Afghanistan, Yémen, Pakistan)-. La maîtrise du terrain sur lequel se déroule le conflit est le seul moyen d’assurer la victoire définitive permettant de déloger de manière efficace des groupes terroristes très mobiles et menant une guerre non conventionnelle, chose qui est presque impossible à réaliser, vu la nature du théâtre d’opérations -Un désert vaste s’étendant entre plusieurs pays-  et même au cas ou ils arrivent à établir des nœuds de force militaire à travers des bases avancées de combat, disséminées dans la région, il leur sera encore plus difficiles d’assurer le soutien logistique de ces bases en armes, vivres, munitions et hommes, vu que les lignes de ravitaillement seront constamment attaquées par les terroristes surtout dans une région géographique complètement à découvert, et les américains en ont fait l’expérience en Afghanistan ou ils ont adoptés cette même stratégie qui s’est avérée être un pure échec militaire, d’un côté leurs lignes de ravitaillement subissaient sur chaque déplacement des attaques violentes avec les fameux IED ou Engins Explosifs Improvisés (Responsables de plus des deux tiers des pertes humaines), et d’un autre côté leurs bases de combat et de support avancé, étaient constamment sous le feu ennemi et ils ne pouvaient même pas assurer plus de 500 M² à un 1 Km² de patrouille dans les régions environnantes, au-delà de cette limite, ils étaient sûrs qu’il allaient essuyer des pertes humaines.

Quand au bombardement aérien, il peut certes réaliser un semblant de victoire dans le sens ou il permet de gêner l’ennemi dans ses déplacements et de l’empêcher de s’installer dans certaines régions, le forçant à se déplacer et avec ses camps de manière continue pour éviter le repérage et le bombardement des avions, mais il ne faut pas oublier que les groupes terroristes n’amassent jamais leurs forces de manière évidente, bien au contraire, ils se déplacent en petites unités de 20 à 40 combattants, ce qui rend la mission de localisation et de ciblage encore plus difficile, pire encore, les bombardement constant va les contraindre à changer de stratégie et ils préféreront diviser encore plus leurs forces, ce qui leur permettra d’élargir leur terrain d’action, avec des cibles potentielles plus importantes sur le plan économique, chose que la France veut à tout prix éviter, afin de préserver ses intérêts dans la région (installations pétrolières, de gaz naturel et mines), -qui sont en réalité leurs premières préoccupation derrière cette aventure incertaine- alors que dans le camp adverse, pour une armée conventionnelle, toute opération militaire nécessite des préparatifs assez importants et toute une logistique très coûteuses en argent, hommes et matériel.

Et si le conflit s’étale dans le temps et il est sûr que ça va être le cas au vu des facteurs cités plus haut, il risque certainement de prendre une envergure encore plus dangereuse, dans le sens ou il va  s’étendre à l’Europe et particulièrement à La France ou les groupes terroristes vont activer leurs cellules dormantes et se mettre à attaquer des cibles sur le territoire Français avec des attentats terroristes (Gares, Aéroports, Stations de métro …), ce qui rappellera certainement aux Français les très mauvais souvenirs des attaques menées par le groupe terroriste Algérien (Le GIA) durant les années 90. À mon humble avis, il s’agit là d’un facteur décisif dans les tournants que cette guerre risque de prendre, vu que les politiciens perdront toute forme de soutien de la part du peuple Français si ce conflit s’étend jusqu’à leurs villes, et la présence de ces cellules dormantes et une réalité quasi certaine, que les services de sécurité Français connaissent très bien et ne peuvent en aucun cas nier.

Du point de vue économique, cette guerre qui risque de durer longtemps, va certainement coûter excessivement cher pour le gouvernement Français qui doit faire face à une récession économique assez rude, surtout que la nature du conflit fait appel à une logistique assez conséquente et coûteuse (Bombardement, mouvement d’unités de combat, établissement de bases logistiques) et le contribuable Français n’est pas prêt de supporter ces coûts (malgré les mensonges des organismes  de sondages qui prétendent le contraire) sachant très bien que l’un principaux objectifs de ce conflit, c’est d’assurer la région et la stabiliser afin de permettre à des sociétés comme AREVA de mieux exploiter les ressources naturelles d’un pays aussi sous développé que le Mali, sans parler du risque que cela représente pour le flux d’exportation du pétrole et du gaz naturel à partir de l’Algérie, un facteur qui vient de se confirmer à travers la prise d’otage de cette semaine dans le site gazier d’Ain Amenas dans le Sahara Algérien, s’ajoutant à cela, le risque non négligeable que le conflit puisse s’étendre encore plus au nord vers les centres urbains Algériens une recrudescence potentielle des attentats terroristes menés par l’AQMI ou le GSPC.

Tous ces facteurs d’aggravation que j’ai cité plus haut, rappellent une réalité très évidente , c’est l’échec cuisant des stratégies militaires adoptées dans la guerre contre le terrorisme, telle qu’elle est menée par l’occident, les méthodes de guerre conventionnelle ne permettent en aucun cas de faire face à un ennemi volatile, très motivé, avec une doctrine fanatique et une volonté de nuire à tous les niveaux possibles ou imaginables, sans oublier le fiasco de la guerre civile que la France a déclenchée en Libye, qui a causée en premier lieu, l’élargissement de la zone de conflit du Sahel jusqu’en Libye en mettant ainsi à la disponibilité des groupes terroristes tout l’arsenal d’armement  Libyen qui s’est éparpillé dans la région.

18/01/2013

Mehdi BOUABID

 

Carte de La région du Sahel

Carte de La région du Sahel

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