Egypte: un coup d’Etat militaro-islamiste | Chroniques Plurielles

Par Nabil Zaki, rédacteur en chef et chroniqueur, porte-parole du parti du Rassemblement (opposition des progressistes et nassériens de gauche).

Deux ans après la révolution égyptienne du 25 janvier 2011, se pose une question : où va l’Egypte ?

Le pouvoir des Frères musulmans, tel qu’il s’exerce à la tête de l’Etat, est en train de vider la révolution du 25 janvier 2011 de son sens. Ses slogans, il les déforme et les transforme en crimes contre la patrie. L’ancien régime, il est en train de le recréer jusque dans le moindre détail, avec les mêmes iniquités d’ordre économique et social, sans parler de l’instrumentalisation de la religion, et de la guerre déclarée contre toutes les forces politiques favorables à un Etat laïc démocratique moderne.

Rappelons les mesures prises par les forces au pouvoir, hostiles à la révolution, durant ces derniers mois :

  • L’accélération de la tenue d’un référendum sur les amendements à la Constitution égyptienne, amendements visant à remettre les principes de la loi coranique au centre du texte ;
  • La promulgation d’une déclaration constitutionnelle qui concentre aux mains du Président de la république l’essentiel des pouvoirs exécutif et législatif ;
  • La mise en œuvre accélérée de lois qui criminalisent les grèves et les occupations des places publiques ;
  • La répression violente des révolutionnaires par le régime, stigmatisés par le terme péjoratif de « beltageyas » (hooligans)
  • Impunité de l’ancienne équipe de Hosni Moubarak, qui a pu faire sortir du pays les fonds publics détournés et brûler les documents la condamnant avant la deuxième vague révolutionnaire, qui a éclaté le 8 juillet 2011 ;
  • La contre-révolution actuellement au pouvoir a rétabli, au final, les institutions du régime qui s’étaient effondrées.

Ne cédant pas à la tentation de dériver vers un conflit armé, les masses populaires ont su préserver le côté pacifique de la révolution, et ce en dépit de toutes les provocations violentes des Frères musulmans, dont l’impopularité s’est accrue. Par ses agissements, le parti au pouvoir s’est attiré l’hostilité des juges, des médias, des ouvriers, des fonctionnaires, des professionnels, des jeunes des quartiers populaires, et de vastes pans du secteur rural. Ces poches de résistance constituent un indice, qui montre que la révolution n’a pas été battue en brèche et que les forces réactionnaires qui dirigent le pays n’ont pas remporté une victoire définitive.

Tout avait commencé quand le Conseil militaire avait autorisé les partis religieux extrémistes, et refusé d’élaborer lui-même une Constitution, créant un comité d’amendement de la Constitution  dirigé par un sympathisant des Frères musulmans. Le Conseil militaire, ensuite, a organisé les élections présidentielles selon un plan prémédité, visant à remettre la présidence au candidat des Frères musulmans. C’était là la seule visée du Conseil militaire. Il s’agit d’un coup d’Etat militaro-islamiste. Puis les élections ont été dominées par les slogans religieux et par l’influence des groupuscules islamistes, qui ont matraqué leur message jusque dans les mosquées. En termes de flux financiers, des millions de dollars ont été dirigés vers la campagne des Frères musulmans.

Au terme de cette victoire islamiste, on n’observe aucun progrès démocratique, aucune stabilité politique, et la sécurité n’est toujours pas revenue dans les rues du pays.  Aucune des promesses – pain, sécurité, énergie, réformes, emploi – n’a été tenue.  Le parti au pouvoir déconstruit l’ordre social hérité de la culture démocratique, pour ramener l’Egypte à un ordre féodal dominé par un islam primitif. Depuis la prise de pouvoir, il règne un climat de fanatisme intellectuel, politique et religieux, où les opinions divergentes n’ont pas leur place. Quiconque n’est pas aligné avec les vues officielles se voit taxé de mécréant, et l’on essaiera de propager contre lui des sentiments de haine et de mépris. On observe aussi l’émergence d’un capitalisme de connivence, semblable aux pires heures du règne de Moubarak. Ainsi, le régime offre un soutien inconditionnel aux magnats des affaires issus des Frères musulmans, dans un contexte de capitalisme sauvage. On assiste à la montée d’une classe d’islamo-affairistes, une élite qui prend des participations dans les plus grandes entreprises égyptiennes. Ce clientélisme s’illustre par leurs participations dans des entreprises de secteurs tels que l’import-export, les appareils ménagers, le prêt-à-porter, le mobilier, les produits chimiques, les textiles, les imprimeries, ou encore les maisons d’édition islamiques.

Les forces de la contre-révolution, contre lesquelles le peuple s’est soulevé, ont donc réussi leur plan de manière spectaculaire. Mais cette réussite sera sans doute passagère. Car les succès de la révolution, qui se sont imposés durant deux ans, ont cristallisé une prise de conscience populaire, qui est toujours en progression. Les différentes vagues révolutionnaires ont accru cette prise de conscience des masses quant au danger que représentent, pour la liberté et la justice sociale, les Frères musulmans et leurs alliés. La détérioration préoccupante de la situation économique et sociale, et les pressions croissantes sur les classes populaires illustrent l’étendue du potentiel révolutionnaire face à cette nouvelle théocratie capitaliste, que j’assimile à une extrême droite conservatrice. Ainsi, après deux ans, les évolutions concrètes confirment que l’alliance des Frères musulmans et des Salafistes a usurpé la révolution et s’est retourné contre elle.

« Pain, liberté, dignité, justice sociale ». Telles étaient les revendications du peuple égyptien, jusqu’à ce qu’un parti non démocratique s’empare de tous les pouvoirs.

Source : http://chroniquesplurielles.com/wordpress/?p=245

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