Entretien avec Etienne Chouard : le pouvoir antisocial de l’argent

Etienne Chouard nous montre comment le mécanisme de l’élection politique est intimement lié au pouvoir de l’argent.
Une explication qui met en lien la création monétaire et la concentration des richesses avec la nécessité d’écrire nous-même notre constitution pour se protéger des abus de pouvoir des plus riches.

I/ Introduction
Le tirage au sort / L’accusation de « complotisme ».

II/ Le pouvoir économique
Comment fonctionne la création monétaire / Les plus riches auto-proclamés indispensables aux processus de création de richesse / La nécessité de limiter les plus hauts revenus / Le Les jeunes générations qui se tournent vers la finance / Les retraites / La question de la propriété privée / La fin du capitalisme ? / Comparaisons avec la crise de 1929.

III/ Rendre le pouvoir politique au peuple
Le principe du tirage au sort : contrôler les personnes exerçant le pouvoir pendant toute la durée des mandats / Ecrire nous-même la constitution / Quel cadre géographique idéal ? / La question du protectionnisme.

IV/ Propos sur les temps à venir
Comment tenir le rapport de force face aux puissances d’argent / Les guerres à venir / La question de l’étalon-or / Proposer le revenu de base.

Interventions : Christophe Deloire / René Girard / Nicolas Dupont-Aignan / Bernard Maris / Marion Sigaut / Michel Collon / Thierry Meyssan

La réforme de la caisse de compensation … La Bombe à Retardement …!!!

 

La-réforme-de-la-Caisse-de-Compensation (1)

 

Et oui, nous le savions tous, nous nous attendions à ce que le moment fatidique s’annonce, le projet phare du gouvernement du PJD, celui de la réforme de la caisse de compensation, créée en 1941 et réorganisée en 1977 par Hassan 2, afin de préserver la paix sociale et éviter le face à face violent avec le peuple en préservant le pouvoir d’achat par des subventions directes aux produits de première nécessité (Carburant, Gaz, Sucre, Farine, Huile alimentaire…) la liste de ces produit est longue, puisqu’elle a évoluée depuis 1977 et surtout depuis le plan de d’ajustement structurel de 1980.

Mais une chose est sûre, nul ne peut nier que le budget de cette caisse pèse très lourdement sur les caisses de l’état, sur la dernière décennie et à cause des fluctuations des cours de matières premières sur le marché international, la caisse a vue son budget monter de 3.9 milliards de Dh en 2002 pour atteindre près de 34 milliards en 2008, 48.8 en 2011, et des prévisions qui atteignent les 49 milliards de Dh pour 2013, si on prend en considération ces chiffres, la réforme de cette institution est devenue nécessaire, surtout si on rajoute à cela les effets négatifs de la crise économique et financière mondiale qui se font de plus en plus ressentir dans notre pays.

L’urgence de cette réforme, s’impose aussi à travers un autre constat alarmant, en effet, les subventions de cette caisse sur les 3 principaux produits dont les prix ont un impact direct sur le pouvoir d’achat du citoyen (Céréales, Sucre et Carburant) ne profitent pas réellement aux pauvres, en réalité, ce sont les grandes industries qui en profitent avec des chiffres de l’ordre de 95,1% pour le sucre, 96,1% pour les céréales et 94, 8% pour le carburant, sans parler des détournements de produits vers le marché noir et qui sort complètement du contrôle de l’état, il s’agit là d’une autre forme de l’économie de la rente qui gangrène le système depuis des décennies.

Ceci dit, le plan de réforme adopté par le gouvernement du PJD, ne semble pas prendre en considération les facteurs d’impacts négatif qu’il va avoir sur le tissu social du pays, cette réforme se résume à la suppression (graduelle ou pas, rien n’est confirmé encore) des subventions directes sur les produits dont les prix alourdissent sérieusement la caisse, et le remplacement de ces subventions par une aide financière directe allouée aux familles les plus démunies (estimées à quelque 3 millions de familles), ce qui ne résout qu’une partie du problème, puisque la libéralisation des prix va couper le chemins aux opérateurs industriels qui profitent injustement du budget de la caisse, mais en même temps, qu’en est t-il de la classe moyenne, reconnue généralement comme étant a locomotive économique du pays, puisqu’elle maintient un rythme de consommation assez stable et continu qui a un effet positif sur notre économie, alors qu’en réalité cette classe (Pas si moyenne que ça) croule sous le poids des dettes (Logement, Voiture ..) et doit en même temps supporter le coût de l’énorme manque de services publics et d’infrastructure de niveau au Maroc (éducation, soins médicaux, transport …), puisqu’elle doit faire appel au secteur privée pour se soigner, éduquer ses enfants, se déplacer ..Etc, s’ajoute à cela le fait que l’état la laisse en proie aux vautours du marché immobilier qui s’enrichissent injustement à son insu (les prix excessifs des biens immobiliers, l’avance en noir …), par cette réforme simpliste, cette classe devra supporter directement les conséquences négatives d’un pouvoir d’achat qui va se dégrader de plus en plus, alors qu’elle peine déjà à joindre les deux bouts.

Sans pour autant remettre en question la nécessité de la réforme, il est légitime de se poser la question suivante : et les riches dans tout ça, ou sont-ils ?? ne devraient-ils pas supporter une partie de la responsabilité dans un contexte très critique pour le Maroc, et il ne faut pas avoir peur de le dire de manière objective et directe, cette classe sociale a longtemps profité de la protection d’un système politique, juridique et légal qui résiste à toute tentative de réforme depuis des années, tout d’abord, l’économie de la rente dans toutes ses applications, lui a permis de s’enrichir librement, sans se soucier de l’impact négatif que ça peut avoir sur l’économie du pays, sans parler de tout les failles d’imposition fiscale qui lui ont permis d’échapper aux impôts, cette classe sociale, n’a t’elle vraiment aucune obligation morale ou éthique qui lui impose le devoir de soutenir les classes les plus démunies ?? et qu’en est-il de nos milliardaires et nos hommes d’affaires (et ils sont de plus en plus nombreux chaque année …même sur les pages de Forbes Magazine) qui font tout pour échapper à l’imposition fiscale et à toute forme d’engagement financiers obligatoire par la loi (Cotisations Sociales …), et avant de parler réforme, qu’a t’on fait pour les centaines de milliards de Dh détourné, volé et dilapidé dans tout les sens depuis des années dans les services publics et ministères et dont une bonne partie figure dans les rapports de la cours des comptes, qu’est ce qui empêche Benkirane d’appliquer la loi dans ce contexte, et pourquoi ne pas réduire les budgets de l’état (Gouvernement, ministères, voitures de fonctions, primes diverses, salaires des ministres et députés ….).

La classe moyenne est censée être le socle de stabilité dans les sociétés modernes, la viser directement dans ses revenus et son pouvoir d’achat revient à un appauvrissement délibéré, qui ne fera qu’envenimer les disparités sociales qui existent déjà, cela conduira à la disparition de l’équilibre social qui garantit un semblant de paix dans une conjoncture mondiale  loin d’être favorable, ainsi nous verrons apparaître des tensions qui vont s’installer entre une classe excessivement riche, qui profite d’une protection continue et se trouve immunisée contre toute forme d’obligation légale ou morale envers son pays et le système fait tout pour lui éviter de subir les aléas d’une économie instable et une au autre classe de plus en plus pauvre, rudement touchée dans son pouvoir d’achat et qui doit porter à elle toute seules les conséquences de plusieurs années d’économie de la rente, de dilapidation du denier public, de corruption, d’endettement et détournement de l’argent du contribuable, que ce soit à long ou à court terme, cette politique d’appauvrissement des plus pauvres pour protéger les plus riches, ne sera rien d’autre qu’une bombe à retardement qui visera directement la paix sociale au Maroc, bref, il s’agit d’une réforme qui ne sera qu’un autre Remake plus violent du fameux juin 1981…. !!!

 

Mehdi BOUABID

08/02/2013

 

Caisse de compensation

 

 

 

La Crise du monde moderne – René Guénon

‎ »Il y a là une relation qui suppose nécessairement deux termes en présence : il ne pourrait y avoir de gouvernés s’il n’y avait aussi des gouvernants, fussent-ils illégitimes et sans autre droit au pouvoir que celui qu’ils se sont attribué eux-mêmes ; mais la grande habileté des dirigeants, dans le monde moderne, est de faire croire au peuple qu’il se gouverne lui-même ; et le peuple se laisse persuader d’autant plus volontiers qu’il en est flatté et que d’ailleurs il est incapable de réfléchir assez pour voir ce qu’il y a là d’impossible. C’est pour créer cette illusion qu’on a inventé le « suffrage universel » : c’est l’opinion de la majorité qui est supposée faire la loi ; mais ce dont on ne s’aperçoit pas, c’est que l’opinion est quelque chose que l’on peut très facilement diriger et modifier ; on peut toujours, à l’aide de suggestions appropriées, y provoquer des courants allant dans tel ou tel sens déterminé : nous ne savons plus qui a parlé de « fabriquer l’opinion », et cette expression est tout à fait juste, bien qu’il faille dire, d’ailleurs, que ce ne sont pas toujours les dirigeants apparents qui ont en réalité à leur disposition les moyens nécessaires pour obtenir ce résultat. Cette dernière remarque donne sans doute la raison pour laquelle l’incompétence des politiciens les plus « en vue » semble n’avoir qu’une importance très relative ; mais, comme il ne s’agit pas ici de démonter les rouages de ce qu’on pourrait appeler la « machine à gouverner », nous nous bornerons à signaler que cette incompétence même offre l’avantage d’entretenir l’illusion dont nous venons de parler : c’est seulement dans ces conditions, en effet, que les politiciens en question peuvent apparaître comme l’émanation de la majorité, sur n’importe quel sujet qu’elle soit appelée à donner son avis, est toujours constituée par les incompétents, dont le nombre est incomparablement plus grand que celui des hommes qui sont capables de se prononcer en parfaite connaissance de cause. »

René Guénon (La Crise du monde moderne)

En intégralité ici : http://la-dissidence.org/2011/09/26/la-crise-du-monde-moderne-rene-guenon/

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